VERS UN AMOUR VERT : Revue JeuneCongo par Emile KAMALA

KAMALA KIBANCHA Émile

Adresse : R.D.Congo /Kinshasa/Lemba/501-E Home5 Plateau des étudiants

E-mail :emilekibancha@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

Dans

 

 

VERS  UN AMOUR VERT

 

 

Nouvelle

 

Dans un quartier proche du mien vivait une jeune demoiselle dont le sourire transparaissait la clarté de son âme ; et dont la joliesse ne laisserait aucun œil indifférent .Son physique m’était familier car elle colorait, toutes les nuits, mes rêves où je l’appelais Nyota. Elle me rappelait ma meilleure amie d’enfance qui, contrairement, m’avait prouvé son amour.

Depuis le vingt-six avril de l’année dernière, jour où je l’ai rencontrée et que je fus foudroyé par sa beauté, pas un seul instant, elle n’a cessé d’habiter mon cœur.

La force de l’amour résidant dans la capacité à véhiculer son sentiment comme le sang dans l’organisme, voici les mots accompagnant le bouquet de fleurs lui envoyé en guise du premier anniversaire de notre rencontre.

« Dulcinée Nyota, si ces mots ont grâce à tes yeux, qu’ils ne soient pas imperméables à ton cœur grâce à nos souvenirs et rêves y étant transporteurs et ligands.

En effet, voilà un an que je t’ai beau déclarer la flamme qui brûle dans mon cœur ; toutes les lunes passées ont été pour cette flamme de l’huile. Dès lors, un amour hors paire me caractérisait d’autant plus qu’  à mes yeux tu es l’unique femme en virtuel comme en réel.

Cependant, pour l’heure, ma requête est que tu me prives toujours de ton amour de peur qu’en m’ouvrant ton cœur pour y résider, tu sois actrice de l’évaporation de mon amour. N’est-ce pas le fait que d’une part les croyants sur terre rêvent du paradis ; de l’autre, d’anges au paradis certains envièrent la vie terrestre et d’autres se rebellèrent face à Dieu pour être des démons l’illustrer?

Tu es mon paradis! On n’aime souvent ce que l’on ne possède pas .Rassure toi que pendant que je n’habite pas ton cœur, jamais mon amour pour toi ne dégradera. J’ai,  toutes les secondes, fait de cet immense amour un crédo, il évolue en mouvement rectiligne uniformément accéléré.

Nonobstant , je veux que tu saches que si maintenant je viens vers toi te demander de ne pas me loger dans ton cœur, ce n’est pas à dire que je suis à l’extrême limite de mes efforts et courage pour conquérir ton cœur ;plutôt que je suis à l’extrême limite du discernement de la signification de l’amour qui se veut un sentiment d’attachement naturel et passionné sans espoir de flèche retour.

Chère Nyota, je t’avais avoué que de plus d’une fille, j’ai été amoureux ; mais présentement, je ne sais pas si je le suis. Mais admettant qu’il y a deux types d’amoureux: d’un côté ceux aimés, de l’autre ceux non aimés ; j’apparais en avant plan du second type. Il est évident que la plupart optent pour le premier étant donné que pour eux le plus important est de sentir aimé, et le plus pénible d’aimer sans se sentir aimé .Pour ma part, je n’avais pas, au préalable, opté pour le second type car y contraint ; mais pour le moment si. Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, dit-on. Moi, je cimenterai en précisant qu’en amour il y a plus de joie à donner sans recevoir qu’à recevoir sans donner. Tu ne me crois peut-être pas ? Ô si ! Le soleil te le témoigne.

En somme, je compte dorénavant à ne plus te parler de mon amour tout en te l’exprimant quotidiennement .Je formule aussi les vœux de te voir davantage heureuse.

Je t’aime ... merci de ne pas m’aimer ! »

Au jardin botanique où j’étais installé, je me mis à relire à sept reprises ces mots avant de le déposer à l’office congolais des postes et télécommunications où, au sortir, mon regard croise celui d’une amie d’enfance que je n’avais plus jamais revue depuis environ la moitié de mon âge et qui n’a pas manqué de me saluer tout en démarrant l’échange des coordonnées. Une heure après, j’étais à la faculté pour être au courant du résultat des épreuves de la session. Pendant la fièvre d’attente de ce résultat, je ne pensais plus à rien, et soudain, après la publication des résultats, je reçus l’appel téléphonique de mon amie d’enfance, Malaika, qui fut la première personne que je mis au parfum de ma réussite que nous avions célébrée à quelques centaines de mètres sur son invitation.

Sur la piste de danse, au moment où elle m’esquissait les pas, l’accusé de dépôt du bouquet de fleurs me parvint et mon téléphone s’éteignit. La musique et l’ambiance festives m’emportèrent comme une feuille par l’eau de la rivière. Mes mains divisaient sa colonne vertébrale en deux parties équitables supérieure et inférieure ; et les siennes voyageaient entre ma nuque et mon occipital quand elle me fit part de la nostalgie qui l’habillait.

Je dois maintenant être précis sur ma relation avec Malaika qui fut ma meilleure amie d’enfance quand elle avait onze ans jusqu’à l’obtention de son certificat de fin d’études primaires après quoi elle quitta le pays où elle vient de me retrouver. Comprenez qu’après l’annonce de la nostalgie, je n’ai pas tardé à l’inviter à retourner sur nos sièges pour s’entrerelater les longues années d’absence.

Elle fit la première à prendre la parole pour dire : « La première fois que je suis tombée amoureuse, follement amoureuse, je l’étais de toi. Je te remercie de m’avoir  tous les jours témoigné de ton amour jusqu’à notre séparation. Cela m’a énormément marquée à tel enseigne que mon cœur ne logeait plus dans ma poitrine plutôt dans celle de mon ombre restée au Congo, voilà pourquoi je suis revenue au pays à la quête de mon cœur. »

Un calme s’installa, deux torrents de larmes coulèrent sur ses joues avant que mon petit mouchoir blanc ne les sèche, puis elle poursuivit : «  Condamnée à t’aimer suite à mon engagement irrévocable, j’ai toujours été convaincue de te revoir. »

Serrant ses mains dans les miennes, objet de son regard innocent et doux, je n’ai pas hésité à lui transmettre ces paroles : « Ma chérie, merci de m’avoir aimé et merci de surcroit de toujours  m’aimer malgré les mille et un kilomètres qui nous séparaient .Les moments sublimes et ineffaçables de ma vie, je les ai vécu à tes côtés. Notre séparation était une plaie qui a saigné, longtemps saigné ; et j’ai eu du mal à la sécher sans bien entendu la décicatriser. Excuse moi ma chérie de te dire ma faiblesse vu que après une décennie l’espoir de te revoir s’était pratiquement envol é. »

A ces propos, nos mains se dissocièrent, nos regards prirent chacun sa direction ; et de ma bouche sortirent ces dires : « Malaika, ma chérie, pardonne ma maladresse, nous nous connaissons mieux l’un l’autre, notre dénominateur commun demeure la vérité. Tu viens de me dire ta vérité qui m’a touché jusqu’à mon plus profond, permets donc que je t’affirme être sorti, après toi, avec deux filles jusqu’à il y a deux ans. » Soudain, elle posa son regard sur moi et m’interrogea : « Qu’en est- il de ces deux dernières années?»

La question étant pertinente et délicate, elle me suggéra l’idée de l’inviter à danser. C’est sur les pas d’une bonne rumba qui colla ma joue droite à la sienne du même côté que voisine de son oreille droite, ma bouche lui confiait : « ces deux ans ; je ne suis sorti avec  personne bien qu’étant amoureux depuis un an d’une fille qui ne s’intéresse guère à  moi. »

Après ce rythme musical ; nous étions assis, silencieux, cirotant de l’alcool pendant au moins une demie heure. Me reconnaissant fautif, « c’est la vérité, ma chérie, je te prie de pardonner mes fautes car je t’ai blessée sans le savoir.», lui dis-je.

Elle n’arrêta pas de boire de l’alcool et me rappela qu’il était tard et qu’il fallait déjà disposer. Je lui demandai aussitôt son adresse pour l’y accompagner. « Je ne puis avoir accès à la maison  cette heure,» me souffla-t-elle. Je résolus alors de passer nuit avec elle dans ma chambre. Personne de nous deux n’osa fermer l’œil cette nuit.

Le lendemain, au déjeuner ; sur mon téléphone s’affiche un message édité onze minutes après l’accusé de dépôt du bouquet de fleurs, message émanant de Nyota : « Merci beaucoup de m’aimer ... mais saches que je t’ai toujours aimé. Il est désormais temps de rendre plus fluide notre amour car je te crois sur parole et écrit. Je t’aimais hier moins qu’aujourd’hui à la lecture de ta missive.»

Hélas ou Dieu merci ces mots  me dévoilant l’amour de Nyota, et à la base de ma rencontre avec Malaika ?

En ce moment-là, curieuse de la mine que j’affichais, Malaika me demanda quel était le message. Sans beaucoup réfléchir, je lui répondis que c’est un message de  félicitations de la part d’une amie. Venais-je de mentir pour une fois ?

Galanterie oblige, je répondis par sms à Nyota en ces termes : « Merci ma chérie, mon téléphone était éteint depuis hier, voilà pourquoi je n’eusse pas répondu sur-le-champ et ne t’eusse pas informé de ma réussite à la faculté. À très bientôt donc !... »

Un quart d’heure ne s’était pas écoulé avant que, par appel téléphonique Nyota m’invite à arroser ma réussite et notre amour .Sous une douce atmosphère, elle me précéda dans un joli restaurant  sur la place de la victoire. Face à face, cœur à cœur, elle me fit d’abord des éloges sur mon parcours académique, ensuite prêta serment d’amour et de fidélité à mon endroit.

Imaginez que dans quarante huit heures, je venais d’être objet de deux déclarations d’amour émanant de deux personnes distinctes que j’avais bien évidemment aimées. Stupéfait, je réagis : « Merci, je ne sais quoi te dire si ce n’est que te réitérer mon expression d’amour ;»  et poursuivis sur un ton de blague : « Dis moi Nyota, et si ma présomption sur la conséquence de ton je t’aime se réalisait… » 

« Détrompe toi mon jeune mignon, contrairement à ce à quoi tu pensais, je t’ai toujours aimé,» répliqua-t-elle avec un joli sourire.

Après cette belle soirée, je l’ai accompagnée et embrassée pour la première fois. La nuit, je ne sommeillais pas, sinon j’étais acteur de cauchemars. Et le matin du samedi saint, je me conduisis à la paroisse notre dame de la sagesse pour une pénitence. Je me mis dès lors à réciter le je vous salue marie jusqu’à la fin de la journée. Après une bonne douche de début de soirée, l’idée d’un franc parler è mes amies me vint alors à l’esprit. Préparant sa concrétisation, je leur ai parlé et les ai invitées personnellement à célébrer pâques ensemble chez moi.

Ces pâques, je ne les ai aucunement pas passées avec mes parents, pour la première fois assurément. Il s’est agi des pâques  à trois, Malaika, Nyota et moi. Pour ce banquet, le dindon et les œufs étaient au rendez-vous. Je crois avoir tout prévu dont un bon vin rosé léger.

Avant-bras sur accoudoirs, j’attendais mes invitées avec un suspens de l’issu de la rencontre. Malaika était la première à fouler les pieds au lieu du rendez-vous. Je me levai. « Karibu ! Malaika, sois la bienvenue.

_ Merci. Bonjour mon chéri, comment vas-tu ?

_ Mieux depuis que tu es là. Prière de t’asseoir !

_ Merci ».

Pendant qu’elle  posait des questions sur la cuisine, à la porte, Nyota apparaissait, et je m’approchai d’elle. « Karibu ! Nyota, c’est avec joie que je t’accueille chez moi.

_ Merci  à toi, tu as l’air en forme.

_ Bien sûr que ta présence me rend jovial.

_ Bonjour mademoiselle, dit Nyota à Malaika.

_ Bonjour mademoiselle.

_ Oh ! Toutes mes excuses. La présentation ! Malaika, voici Nyota ; Nyota, voici Malaika.

_ Enchantée.

_ Ravie de faire connaissance avec toi.

_ Prenez donc place. Je vais vous servir avant tout»

A ma lecture, elles se crurent réciproquement belle-sœurs. En effet, juste après la présentation, je m’étais déplacé pour le premier service ; et les filles dialoguaient comme si elles se seraient déjà vues auparavant. Après trois gorgées, j’ai débuté à m’exprimer : « Aujourd’hui c’est pâques, et j’ai à la fois l’honneur et l’enjouement de vous souhaiter des joyeuses pâques. En effet, c’est la résurrection du christ qui est commémorée en ce jour par tous les chrétiens du monde entier ; pour ma part, j’ai le privilège de tuer le veau gras pour la résurrection de mon cœur. Si Jésus est mort et ressuscité, il le fit par sacrifice. Egalement pour mon cœur, s’il a aimé, il est à pied d’œuvre de s’imposer un ultime sacrifice. »

Mon auditoire était jusqu’alors calme, et je l’invitai à trinquer à la résurrection ; puis je poursuivis : « Les filles, il est un fait que jusqu’à présent, vous n’y voyez que du feu. Pour être clair, en ce jour, j’ai le courage de vous dire que je vous aime, je vous aime toutes les deux, mais que je ne compte plus continuer ainsi. »

« Tu m’as donc demandé de ne plus t’aimer car tu venais de trouver mieux ailleurs. S’écria Nyota, lâche que tu es! »

« Tu ne m’as pas décidément dit toute la vérité, pourquoi m’avoir dit que tu étais amoureux d’une fille à qui tu ne comptais même pas à ses yeux. » Marmottant Malaika en pleurant.

Coudes sur table, mains sur la tête, je repris la parole : « Chères amies, permettez moi au moins de confesser .Mon plus grand défaut est l’amour, l’amour en toute vérité. La vérité est longue comme une histoire. C’était en cinquième année de l’école primaire que Malaika et moi étions, l’un de l’autre, amoureux .Deux années après, Malaika devrait poursuivre ses études à l’extérieur du pays, nous ne nous sommes plus jamais revus ; et c’est douze ans après notre séparation que nous nous sommes revus quand je venais de déposer un bouquet de fleurs à Nyota pour une année d’amour à sens unique. Le soir, avant l’extinction de mon téléphone, Malaika m’a invité à fêter ma réussite, et elle n’a pas manqué de signifier le respect du serment de fidélité me prêté dans le temps. Et le lendemain matin, en présence de Malaika qui avait passé nuit chez moi, de Nyota, je reçus un message pour me persuader que notre amour que je pensais à sens unique était bel et bien réciproque .Une demi-heure après, je fus avec Nyota qui me fit une déclaration d’amour et un baiser que j’attendais depuis un an. N’ayant pas voulu tromper ni l’une ni l’autre... » 

Et en vitesse, une grande larme coula de mon œil droit, et un silence des morts nous couvrit. Je me tins aussitôt debout en leur tournant le dos et dis : «Pour des raisons d’honnêteté amoureuse, je démissionne de ces amours courageusement ».

En me retournant, je n’avais jamais eu l’impression d’offenser quelqu’un comme à cet instant là où je vis mes deux amies fondre en larmes ; et mon cœur en saignait. Il s’agissait, à mon avis de pires pâques que nous eûmes vécues quand bien même les premières à passer ensemble. Après une alternance des pleurs et des boires, Malaika extériorisa son sentiment : « Je ne pouvais pas un moment attendre ça de toi, que tu puisses te débarrasser de moi.

_ Non, ce n’est pas comme tu le penses, je veux juste. . . »

Nyota s’écroula du siège, tomba et s’évanouit. Urgemment, je fis appel à une ambulance des cliniques universitaires de Kinshasa, puis à sa famille. Toute la nuit de pâques, Malaika et moi étions à son chevet jusqu’aux petites heures du matin du lundi de pâques quand Malaika faisait des tours dans la salle, pleurait, sautait, riait, déboutonnait son élégant chemisier rouge, et criait : « Je suis morte ! Je suis morte ! Mon amour, je suis morte ! 

_ Non, tu es avec  moi, vivante ! Sois sans crainte Malaika.»

J’essayais de la calmer, mais son état allait de mal en pis. Sa culotte puait de l’urine quand elle fut dirigée au centre neuro para psychiatrique .J’étais, dois-je avouer, confus, ne sachant qui surveiller de celle dans un état comateux, et celle en traumatisme psychologique. Le sentiment que j’éprouvais était celui de haine, de haine envers moi-même pour avoir fait vivre à mes amies un tel calvaire. Le soir, ma culpabilité m‘avait beau pousser à l’irréparable quand j’appris qu’il n’y avait plus d’espoir aux cliniques. Nuit et jour, J’ai fumé deux paquets de cigarettes, bu dix mesures de whisky ; mais tout cela était vain car ma boite crânienne était toujours occupée par cette page noire de ma vie. J’ai, sans doute, ouvert la boite de Pandore. J’avais l’impression d’exister sans vivre ; disparaitre de la terre était mon seul désir ; et je ne pouvais pas me plaindre d’acquérir mon visa pour l’enfer. Je ne sommeillais, ni mangeais non plus ; et tout cela pendant à peu près un mois et demi après quoi j’appris qu’il se dessinait une évolution significative dans les deux cas. C’est donc à partir de ce dimanche de l’ascension du seigneur que je commençai à mettre quelque chose sous la dent. Mon action de grâce pour le rétablissement de la santé de mes amies Malaika et Nyota fut lue à la paroisse par son curé en mon humble présence. Et comme par miracle et  coïncidence heureuse, la pentecôte fut rose et festive dans la mesure où Malaika et Nyota retrouvèrent une santé relativement bonne, et regagnèrent chacune sa résidence. Je me suis acquitté de mon devoir amical de leur rendre visite avant de passer une excellente nuit de pentecôte. Des années passèrent lorsque je fis accoucher Nyota de son premier enfant qu’elle me nomma, et que Malaika bénit alors sœur religieuse. Je n’eus pas manqué de souhaiter au nouveau-né de faire aussi la médecine, mon unique passion.

 

©Revue JeuneCongo 2010.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×